Parmi la population française, le métier de Montreur d'Ours
a été une spécialité, quasiment exclusive,
des habitants de deux vallées ariégeoises:
celles de l'Alet (Ustou) et du Garbet (Aulus-Ercé-Oust).

Comme
toute la montagne pyrénéenne, ces deux vallées
étaient autrefois très peuplées. Vers 1850, on
y comptaient jusqu'à 10.000 habitants (pour 1500 environ aujourd'hui).
Les conditions de vie y étaient difficiles et, depuis longtemps,
les hommes surtout avaient l'habitude de s'expatrier temporairement
pour effectuer des travaux agricoles en Espagne et dans le bas pays.
Au XVIIIe siècle, commença à se développper
parallèlement le colportage, activité qui ne cessa qu'au
début du XXe siècle.
C'est
à Ustou, semble-t-il, qu'à la fin du XVIIIe siècle,
on voit les premiers Montreurs d'Ours pyrénéens. Ce métier
était déjà pratiqué depuis le Moyen-Age,
et peut-être avant, en France et dans toute l'Europe, par les
Tziganes ou Bohémiens. L'un d'eux, probablement, donna l'idée
à un habitant d'Ustou de dresser les oursons capturés
dans les montagnes environnantes.
Les
Montreurs d'Ours d'Ustou présentèrent leurs animaux dressés,
en France et en Espagne, et de là, pour quelques uns, en Amérique
du Sud. Puis, avant le milieu du XIXe siècle, pour des motifs
qui ne nous sont pas connus, cette activitié périclita
sans cesser complètement à Ustou. A cette même époque,
elle se développa d'une manière très importante
dans la vallée du Garbet.
Ce
sont alors plusieurs centaines de Montreurs d'Ours, dont les noms nous
sont connus, qui, jusqu'à la première guerre mondiale,
partirent d'Ercé, Oust et, à moindre degré, Aulus
pour voyager dans une grande partie du globe.
Les
premiers réalisèrent leurs tournées en France et
dans les pays limitrophes. Certains ensuite s'aventurèrent en
Grand-Bretagne, puis de là au Canada, aux Etats-Unis et dans
toute l'Amérique du Sud.
Au
début, les oursons dressés étaient d'origine pyrénéenne,
mais, très vite, les besoins devinrent tels que d'autres origines
durent être recherchées. C'est pourquoi beaucoup d'oursons
ont été ensuite achetés à Marseille où
l'on trouvait des marchands d'animaux s'approvisionnant dans les pays
des Balkans.
C'est
au début du XXe siècle que le nombre de Montreurs d'Ours
a diminué. La première Guerre Mondiale coïncide avec
la fin de l'activité des Montreurs d'Ours pyrénéens.
Cette activité se poursuivit néamoins grâce aux
Tziganes ou Bohémiens.
Les
"Américains de la vallée du Garbet
Depuis longtemps, dans la vallée du Garbet, on désigne
sous le nom d"Américains" tous les habitants de cettle
vallée qui se sont rendus en Amérique pour y gagner leur
vie.
Ces
émigrants souhaitaient bien entendu se rencontrer entre gens
de la même vallée. C'est ainsi que depuis bien longtemps,
peut-être dès la période des Montreurs d'Ours, s'est
créé un point de rencontre à New York dans Central
Park, là où existaient quelques rochers, point de rencontre
qui fût baptisé "Le Roc d'Ercé".
Au
début il s'agissait d'une émigration temporaire et "fortune
faite" chacun, sauf exception revenait au pays. Actuellement il
n'en est plus de même et beaucoup ne passent dans la vallée
que pour de plus ou moins courtes vacances.
Cette
émigraiton a marqué la vallée du Garbet. Encore
aujourd'hui, rares sont les maisons de la vallée dont les occupants
n'ont pas séjourné en Amérique ou, à tout
le moins, n'y ont pas de parents.
Jean-Louis Deschamps,
Association des Amis d'Aulus et de la Vallée du Garbet